Zanahary à travers les mythes, les rites et les proverbes (suite)
2. Zanahary à travers les rites Lorsqu’ils célèbrent des rites religieux, les Malgaches recouvrent à de nombreuses expressions pour parler de Dieu et à Dieu. Habituellement, les orants emploient les noms de Zanahary, d’Andriamanitra Andriananahary. Mais ils évoquent également le Zanahary lahy (Dieu) et le Zanahary vavy (Déesse) comme aussi le(s) dieu(x) des quatre points cardinaux, et plus rarement le(s) dieu(x) d’en haut et d’en bas.
- le nom de Zanahary ou d’Andriamanitra :
Dans la plupart des rites, avant de s’adresser à d’autres entités, les orants se tournent d’abord vers Zanahary (ou Andriamanitra). Il est même des prières où, du début à la fin, il est seul nommé. La vision monothéiste de Dieu, quelle qu’en soit son origine, s’en voit d’une certaine façon confirmée. - Zanahary lahy et Zanahary vavy:
Parler de Zanahary lahy (dieu masculin) et de Zanahary vavy (dieu féminin) dépasse une simple projection anthropomorphique. C’est une manière totalisante pour exprimer qu’en Dieu se réalise la plénitude de la masculinité et la totalité de la féminité, car le Malgache concevrait difficilement Dieu sans se référer au couple humain, qui est source de vie. Si Dieu est le Tout-Autre, il ne peut qu’avoir totalement réalisé en lui ce qui, chez les hommes, est partagé en masculin et féminin. - Zanahary Anabo et « Zanaharin-tany » (dieu(x) d’en haut et d’en bas)
Le coin nord-est de la maison, emplacement traditionnel de la prière (zoro firarazana) comporte habituellement trois étagères. A chaque degré correspond une divinité. L’articulation des prières correspond à cet étagement : l’orant s’adresse d’abord à Zanahary ou Andriamanitra, dieu des régions supérieures, pour ensuite s’adresser aux razana (ancêtres) et aux tsinin-tany (les esprits). Ce sont les « dieux d’en haut » et chacun, à son rang, reçoit sa part d’offrande. Quand aux « dieux d’en bas », les « Zanaharin-tany » (les dieux de la terre) ou Andriamanikitamaso (les dieux visibles), ils correspondent aux rois et aux talismans dont ceux-ci tirent leur sacralité. S’adresser aux dieux d’en haut et aux dieux d’en bas suppose que l’homme qui les appelle est au centre. En fait, il ne s’agit pas tant d’entités divines que d’un Dieu unique qui, présent en haut et en bas, se trouve partout. - Le(s) Dieu(x) des points cardinaux
Soit en parole, soit dans les aspersions, les (a)mpijoro (sacrificateurs) s’adressent toujours aux dieux des quatre points cardinaux, l’assemblée étant elle-même tournée vers l’Est. Cet appel aux dieux de l’Est et de l’Ouest, du Nord et du Sud dans les rites, veut intégrer la vie des hommes au mouvement du cosmos, mais il entend aussi signifier l’ubiquité de Dieu et, sous un mode polythéiste, suppose fondamentalement un Dieu unique. - Zanahary aux multiples visages :
Pour les malgaches, tout être possède une vertu sacrée (hasina), ce qui peut le faire considérer comme divin. Certes, ils croient en un Dieu qui a crée « les pieds et les mains », mais les rites évoquent nombre d’entités divines : on appelle le Zanahary, mais on n’oublie ni « les ancêtres-devenus-dieux » (lasan-ko Andriamanitra) ni les esprits de tous bords : vazimba, sampy (talismans), andriana (princes), sont honorés comme dieux au même titre que les ancêtres. Le soleil qui brille au-dessus du toit est aussi appelé « dieu », mais le Dieu des anciens Malgaches, hérité de l’Austronésie, n’était-il pas le Dieu solaire ? Même les étrangers peuvent être qualifiés de dieu à cause de leur savoir étonnant et le zanaharibe (le grand dieu), dans certains rites, reçoit le nom de Zanahary malandy (le dieu blanc). Une personne humaine sera affublée du qualificatif « divin » parce qu’elle est source de vie et de bien : n’appelle-t-on pas les parents « soleil et lune » (masoandro amam-bolana), les assimilant déjà aux ancêtres, transmetteurs de vie. Dans cette multiplicité de visages du divin, on doit voir d’abord son ubiquité et sa transcendance mais aussi la richesse de ses innombrables qualités, si bien que tous les êtres en qui se voit nettement l’un ou l’autre peuvent être appelés Zanahary. Jaovelo-Dzao Robert (tiré de Madagascar et le christianisme -Ed. Ambozontany)
(à suivre) |