A free template from Joomlashack

A free template from Joomlashack

majunga043.JPG

Radio Fpma

Tonga Soa arrow Toriteny arrow Noyon et Calvin
Noyon et Calvin Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
pasitera   

Culte à la Cathédrale de NOYON. 17 MAI 2009

Prédication du pasteur Jean Charles Tenreiro

Textes bibliques : Jean 15/9.17; Ephésiens 1, 1.6

Vous savez que les réformateurs, parce qu’ils ont tendu une oreille exclusive au message de la Bible, ont fait une

place importante à ce qui en constitue comme le moteur secret, comme l’arrière fond : le message de l’élection, la

doctrine de la prédestination.

Et non Calvin seulement, comme vous le savez, mais Luther tout autant, et John Knox et Farel et Théodore de Bèze et

Zwingli, bref, tous ces hommes sans exception, qui se sont courbés devant les Ecritures et qui ont laissé réformer

l’Eglise.Mais nulle doctrine n’a prêté à autant de malentendus, n’a été aussi mal comprise et n’a fait dire aux

hommes de telles sottises. Il a fallu longtemps pour que ne disparaissent de nos livres d’histoire cette phrase à

propos du calvinisme : « c’est la doctrine désespérante de la prédestination ». Alors, en vérité les prophètes et les apôtres seraient des gens désespérés ? Alors l’Eglise réformée serait une Eglise d’hommes et de femmes désespérés ? Alors la chose la plus absolument bonne à entendre qui soit sous les cieux pourrait plonger l’humanité dans le désespoir ?

Mais soyons honnêtes : où est-il le désespoir ? Il n’est pas dans l’Eglise, il est dans le monde. Il n’est pas dans les croyants, il est dans les incrédules. Assurément, les humains sont tous désespérés et beaucoup plus qu’ils ne le pensent eux mêmes ; mais c’est justement pour ne pas savoir que Dieu les a élus en Jésus-Christ, c’est pour ne pas connaître le Dieu qui les a prédestinés dans son amour. L’incrédulité des hommes seule est désespérance et non pas, et non jamais la souveraine liberté de la grâce de Dieu et l’irrépressible puissance de son amour. Non, vraiment, l’apôtre Paul ne confesse aucun désespoir quand il entame dans cette épître aux Ephésiens, ces premiers versets qui sont parmi les plus étonnants qui soient adressés, et ceux aussi qui déploient, de la manière la plus explicite, la plus irréfutable, les affirmations du mystère de l’élection : « béni soit Dieu qui nous a comblés en

JC de toutes sortes de bénédictions ».

C’est ainsi que commence toute expression de cette « désespérante» doctrine : par un chant d’émerveillement et de reconnaissance.

Quiconque est l’objet de la bénédiction de Dieu, quiconque est rencontré par Dieu en JC ne peut s’empêcher de faire cette constatation et de la faire avec toute la Bible : si cette bénédiction m’est arrivée, si cette rencontre s’est produite, cela n’est pas parce que je l’avais demandée ou m’y étais préparé ou l’avais d’une manière ou d’une autre , provoquée par mon attitude ; ce n’est même pas que j’aurais pu en avoir l’idée ou le pressentiment, non, si je suis ce que je suis, un homme comblé de grâces, si je crois que Dieu existe et qu’Il est le Père de Jésus-Christ et si je puis vivre dans cette foi et dans cette liberté des enfants de Dieu , c’est pour l’unique et mystérieuse raison que « Dieu m’a élu avant la fondation du monde ».

Voilà qui décidément coupera court à toute espèce de glorification possible, toute espèce de discussion. Car, enfin, en quel sens aurais je pu déterminer mon sort avant que le monde existe et que puis je faire valoir en ma faveur ? Plus je suis fidèle, si vraiment je le suis, et plus ma fidélité témoigne d’une décision que Dieu a prise avant mon existence et d’une liberté qui ne me vient ni de moi même ni du monde.

« Il nous a prédestinés dans son amour » ; Qu’est ce qui a bien pu pousser Dieu à nous créer, entend on souvent demander et qu’est ce qui a bien pu le pousser à nous sauver et à nous adopter ? La réponse est toujours la même et il ne peut en exister d’autre : son amour. « Je t’ai aimé d’un amour éternel ». Son amour est la raison unique de toute chose, et il n’y a pas de raison à son

amour. Chercher une raison à l’amour de Dieu est une sottise et une impertinence comme de chercher une raison à l’

existence de Dieu, puisque Dieu est amour, puisque son existence se confond avec l’amour, puisque Dieu ne peut pas

exister en dehors de son amour et que par conséquent, nul homme ne peut savoir que Dieu existe sans connaître en

même temps et par cela même cet amour dans lequel Dieu l’a crée et l’a prédestiné à être son enfant. On ne peut

pas, on ne peut jamais séparer l’existence de Dieu de son amour dans lequel il nous a élus.

Dans cet amour, dans l’amour qu’Il porte éternellement à son fils Jésus-Christ, dans cette relation qui le lie de

toute éternité à Jésus-Christ, Dieu prend cette décision d’où va dépendre le sort de toute créature : Dieu décide

d’aimer d’autres hommes comme il aime son Fils et de se faire aimer par d’autres hommes comme il est aimé de son

Fils .Oui, Dieu décide d’établir avec des créatures qui n’existent pas encore et qui, lorsqu’elles existent , se

moqueront pas mal de cette décision, cette relation d’amour de père à fils qui est le secret même de son existence

divine. Comment se réalisera ce dessein ?

Il y a mille pages de la Bible pour nous le dire mais ici l’apôtre Paul nous rappelle simplement que Dieu a pris

cette décision avant que le monde existe, qu’il l’a prise dans son amour, dans l’amour qu’il porte à Jésus-Christ.

Christ est donc le motif, la source de cette décision éternelle. Et puis l’apôtre nous dit que cette décision, il l‘exécutera par Jésus-Christ. « Prédestinés à devenir ses enfants par Jésus-Christ ». Jésus est donc, dans l’amour que lui porte le Père et qu’il

porte au Père, non seulement le motif mais aussi l’instrument,l’exécuteur de la décision divine. Jésus est lui seul

la source et l’efficace de notre élection. Nous sommes élus en lui pour devenir par lui des enfants d’adoption.

Prenez garde à cela : hors de Jésus-Christ il n’y a pas d’amour de Dieu, il n’y a pas d’élection, il n’y a pas d’

adoption et à plus forte raison, aucune connaissance de ces choses. Nous ne sommes pas prédestinés à nous mêmes,

c’est à dire obligés par Dieu à faire les bonnes ou les mauvaises choses que nous faisons, et à rester ce que nous

sommes ; au contraire, Paul dit ici : « prédestinés à devenir ses enfant par Christ ». A cela, et non pas à rester

ses ennemis . « Devenir ! » ; vous sentez ce souffle de la liberté qui s’approche, cet air du royaume de Dieu

qui s’approche et qui va tout changer ? N’est il pas inouï de penser que tant de gens se soienteffrayés de a

prédestination comme si elle allait les fixer dans quelque situation, comme si elle allait les emprisonner dans une

condition donnée, les obliger à être ce qu’ils ne veulent pas être ? Que des hommes se sentent paralysés par ce

message, quel affreux malentendu ! Et quel orgueil démoniaque aussi nous fait refuser ce message comme s’il pouvait

nous arriver quelque chose de meilleur dans notre vie que d’être celui que Dieu a décidé, dans son amour,que nous

soyons.

« Devenir ».Voici que la décision de Dieu ne vient pas nous enchainer comme nous le pensons dans notre sottise

affolée, elle vient, au contraire, nous libérer, elle vient, avec la liberté même de l’amour de Dieu, une liberté

d’avant la fondation du monde, pour nous permettre de devenir ce que nous ne pouvions pas être, ce que tous les

déterminismes de ce monde sans Dieu nous empêchaient à jamais de devenir.

Qui peut penser que la prédestination fait de nous des esclaves ? Mais voyons, nous n’avons pas besoin d’elle pour

l’être, car nous le sommes justement très bien sans elle, et d’autant plus que nous l’ignorons et que nous refusons

ce message bienheureux. Prisonnier, déterminé, esclave du malin, c’est là justement la condition de l’humain qui se

croit libre et se veut son propre Seigneur. En fait, nous sommes parfaitement soumis à toutes les déterminations, à

toutes les fatalités du monde. Nous refusons la prédestination pour conserver notre liberté?

Elle est belle, notre liberté ! Mais nos réactions, toutes nos façons d’agir, nos opinions, nous ne voyons pas qu’

elles sont commandées justement par notre hérédité, par notre classe sociale, par notre éducation, par le journal,

par nos désirs et par nos peurs, par les astres ou par quelque prophétie ou quelque oracle. Tout cela fait un

réseau dont on ne sort jamais que pour mourir. Un acte libre, un acte gratuit, un acte qui fasse enfin mentir ma

nature, qui fasse mentir les astres, qui fasse mentir les prévisions des sages et des oracles, des idoles, est ce

que vous en commettez souvent ? Sérieusement, avez-vous jamais commis dans votre vie un acte libre, un acte gratuit

? D’ailleurs peut être les hommes cherchent ils de moins en moins cette liberté, se posent ils de moins en moins la

question. Ce n’est même plus un problème, même plus une angoisse pour l’homme qui se laisse simplement aller au fil

de la masse, au fil de l’opinion, au fil de sa convoitise.

Et pourtant les anciens ont ressenti quelque chose de cette angoisse, c’était même là, vous le savez, tout le

problème de la tragédie antique : ce vain et atroce débat de l’homme contre la fatalité, cet effort désespéré de

l’homme pour échapper à son destin.

OEdipe, on le fera disparaître et il fera lui même tout au monde pour ne pas devenir le meurtrier de son père et le

mari de sa mère ; mais tout ce qu’il accomplit la ramène infailliblement à son destin de criminel et d’incestueux ;

il n’échappe pas à la fatalité, il ne trouve pas en lui même la faculté d’y échapper. Phèdre non plus n’échappe pas

à sa passion.

Quant à la guerre de Troie, elle aura lieu. L’homme ne pourra jamais être un autre homme que ce qu’il a été

éterminé à être par un destin aveugle, par cette sorte de néant divinisé auquel il s’est livré en cueillant le

fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Les jeux sont faits.

OEdipe, Phèdre, ce sont les mythes de ce monde où la liberté est broyée par la fatalité, parce que lorsqu’on n’a

plus pour Dieu celui qui nous choisit dans son amour, alors on tombe aux mains de la déesse la plus atroce, la plus

impitoyable celle qui fait de notre vie un camp de la mort lente, la fatalité. On luttera contre elle aux grandes

époques, on s’abandonnera à elle aux basses époques. D’ailleurs on finit toujours par tout lui sacrifier, on lui

abandonne tout aujourd’hui comme autrefois. La guerre est fatale, la débauche est…la misère est… la fraude est ….,

la femme est …., la crise est fatale.

Mais oui, tout ce qui nous tue est fatal, tout ce qui n’est pas la volonté salutaire de Dieu prend le caractère d’

une sorte d’obligation de mort dans ce monde où l’homme a voulu vivre comme Dieu. Pauvre liberté de l’homme bouclé

dans sa cellule infernale et dévoré inexorablement par le dragon de la nécessité. Eternel huis clos de l’homme avec

lui même et avec le prochain qu’il ne peut pas aimer. On ne peut pas sortir : pis que cela : il n’y pas de

sortie !

On ne sait même plus ce qu’est la liberté. Et c’est au point que lorsque le message inespéré de la délivrance nous

arrive, on en fait une fatalité de plus, on l’accuse de nous désespérer, alors que tout notre désespoir vient de ce

que nous ne le recevons pas ; on l’accuse de nous emprisonner, alors que tout notre esclavage vient de ne pas y croire.

Eh bien, maintenant, tant pis pour nous, si nous tenons absolument à mettre sur le visage de l’amour de Dieu, le

masque de cette fatalité dont il vient nous libérer. Vous n’empêcherez pas la Bible et la Reforme et tous les

hommes de Dieu avec elles de vous répéter quand même, encore et toujours, à vous les esclaves de toutes les

fatalités du monde, la nouvelle qui fera tomber vos chaines « élus avant la création du monde pour être saints,

libres et sans reproches devant Dieu ».Alors n’est ce pas, tout ce que nous avons pu devenir depuis la création du monde et surtout depuis la séparation, depuis que nous sommes livrés à l’Adversaire, depuis que nous sommes prisonniers de nous mêmes et morts dans notre orgueil, tout cela est sans aucun pouvoir contre une décision prise en dehors des murailles de la fatalité, en dehors des engrenages de ce monde . Oui, il y a quelque part une décision bienheureuse prise à votre égard, qui ne dépend pas de vous et de l’enchainement des causes et des conséquences de ce monde , une décision qui n’est pas un maillon de la chaine mais qui est prise en dehors de vous, de vos « je ne peux pas faire autrement » ou des « c’est plus fort que moi » une décision prise indépendamment de vous , mais dont dépend ici et maintenant votre liberté , votre sainteté ,votre pouvoir de faire s’évanouir tout le fantôme de la fatalité.

Peu importe alors le numéro de la cellule où le fantôme vous tient enfermé , on peut être la plus triste des

épaves, esclave de ses passions, le plus impénitent des pharisiens ou le plus sociologique des protestants , peu

importe de savoir ce que le prince de ce monde a fait de vous et la place que vous pouvez occuper dans son système

de répartition des corvées, car,voici, pour tous, qui que vous soyez, la liberté du Royaume de Dieu, voici la libre

décision prise par Dieu dans son amour : que vous soyez saints, que vous deveniez ses enfants bien aimés .

De par cette décision prise par Dieu dans son incompréhensible liberté, dans l’absolue souveraineté de sa

bienveillance, vous êtes libres d’être saints, libres d’obéir au seul SE et rien au monde ne peut vous enlever

cette liberté qui vous vient d’avant la fondation du monde qui vous vient de Dieu lui même en JC. La fatalité est

morte enfin, elle est remplacée par l’éternelle décision de l’amour de Dieu, qui crée en nous la liberté, la

sainteté et la joie et qui fait germer dans nos coeurs cette chose nouvelle , étrangère au monde, incroyable à l’

homme : la louange « pour que soit louée la grâce magnifique qu’il nous a gratuitement accordée ». C’est ici l’

aboutissement de notre texte : tout ce que nous faisons , pour essayer d’affirmer notre liberté et pour tenter de

gagner le faveur de Dieu par un acte libre, par un acte bon, tout cela ne peut jamais qu’affirmer notre esclavage.

Mais voici maintenant l’acte libre, l’acte gratuit, l’acte irréductible et bon, à quoi rien ne nous oblige, mais

qu’aussi rien ne peut nous empêcher d’accomplir, la vraie bonne oeuvre, c’est ce que l’homme accomplit pour louer

la grâce qui lui fut gratuitement donnée; cette louange d’une grâce qui a précédé toute chose est aussi libre que

la grâce elle même. Cette louange, c’est tout ce que Dieu attend de nous. C’est toute notre vie chrétienne, c’est

toute la raison d’être de l’Eglise, jusques et y compris dans toutes ses composantes du service, de la diaconie, de

l’engagement avec et pour les autres. Parce que tout cela reste vain si l’on en oublie l’origine et l’enracinement.

Et j’aime à faire remarquer que dans les statuts de nos OEuvres et Mouvements, les si bien qualifiés, il soit fait

explicitement référence à cet Evangile libérateur et vivant par lequel nous recevons la confiance de l’amour du

Christ pour nous et pour chaque homme, chaque femme. Oui, cette louange, c’est tout ce que Dieu attend de nous. C’est toute notre vie chrétienne, c’est toute la raison d’être de l’Eglise.

Et il a bien fallu et il faudra toujours que soit réformée une Eglise qui ne veut pas être uniquement louange d’une

telle grâce. Et il faudra que tous les jours pour rester libres nous soyons replacés par cette grâce dans cette louange.

Assurément, nous l’avons été de puis la fondation du monde, assurément nous le sommes aujourd’hui.

Amen



http://www.erf-rp.org

 
< Précédent   Suivant >
 
Joomla Templates by Joomlashack