L'origine de l'orgue
L’orgue nous est venu de l’Orient. Le plus ancien
connu est l’hydraule, que l’on doit à Ctesibios
d’Alexandrie, au IIe siècle av. J.-C.
Durant l'antiquité, l'orgue fut un instrument à
usage profane, chargé notamment d'accompagner le jeu des
gladiateurs ou d'autres fonctions militaires. C'est ce
qu'attestent les vestiges de l'orgue d'Aquincum en Hongrie
datant de 228 après J.C. L'empereur Néron, de
sinistre mémoire, en était friand et Suétone
rapporte qu'il l'actionna lui-même en 67 après J.C.
lors d'une cérémonie publique. On appelait alors
l'orgue "hydraule", c'est-à-dire flûte à eau.
On joua de cet instrument lors du mariage de
Cécile et c'est par une ironie du sort que
cette jeune fille devint la patronne des musiciens en
général et de l'orgue en particulier, attaché
à un des plus sombres moments de son existence.
Durant le lVe siècle, l'orgue connaît des fortunes
diverses mais nous savons que les Pères de l'Eglise en
déconseillaient l'usage. Par exemple Saint
Jérôme écrit à une dame de haute
lignée : "Efforcez-vous de donner à votre fille
une éducation digne de son rang... elle doit être
sourde aux instruments de musique."
On cite également, de la même époque, la
jolie épigramme de l'empereur Julien l'Apostat : "Je
vois ici une toute autre espèce de tuyaux; ils ont pris
naissance dans un sol de bronze; leurs sons bruyants sont produits
par le vent, s'élançant d'une outre formée
de peau de taureaux et pénétrants dans les conduits,
tandis qu'un artiste habile promène ses doigts agiles sur
les touches qui y correspondent et fait entendre aussitôt des
sons mélodieux." En 476 après J.C., à la
chute de l'empire d'Occident, l'orgue disparaît
pratiquement de cette région du monde et on n'en entend
plus parler durant tout le temps des invasions barbares. Mais, il
se maintiendra en Orient jusqu'en 1453, date de la prise de
Constantinople par les Turcs. En Orient, l'orgue était
réservé à des fins exclusivement profanes et,
jusqu'à nos jours, on n'en voit pas trace dans l'Eglise
orthodoxe.
Il semble avoir connu un développement remarquable
à la cour de Byzance aux fastes de laquelle il contribuait
pour une part non négligeable. Il était très
orné et richement décoré. Un chroniqueur
byzantin écrit que les orgues d'or, les oiseaux chanteurs
et autres objets d'art dont on admirait la perfection technique
faisaient la gloire de l'Empire d'Orient.
La même chance qui nous donnait la date précise de
l'invention de l'orgue fournit également celle de sa
réintroduction en Occident. Ce fut en 757 que Pépin
le Bref reçut de Constantin V, empereur de Byzance, un orgue
qui allait relancer l'instrument en nos régions. A
l'époque, l'orgue n'était plus hydraulique, mais
uniquement pneumatique et il le demeurera jusqu'à nos
jours. Au Xle siècle, le principe hydraulique
n'était d'ailleurs plus du tout compris comme en
témoignent les fantaisies de l'Anonyme de Berne : "l'air
aspire l'eau et quand il la laisse retomber dans les tuyaux, le
son est produit (!)." Mais, pour en revenir au IXe siècle,
nous savons que Louis le Débonnaire, troisième fils
de Charlemagne, fit appel à un prêtre, Georges de
Venise pour construire un orgue à Aix-la-Chapelle. Comme
Venise et Constantinople entretenaient de bons rapports à
l'époque, nous pouvons supposer que la facture de ce second
orgue s'inspirait de l'art oriental.
L'orgue entre dans
l'église
L'orgue commença sa carrière en Occident. Il ne
s'introduisit toutefois dans les chapelles, les couvents et les
églises que par la porte de service, pourrait-on dire, et
uniquement à titre de soutien du chant. Il était de
dimensions modestes et l'on cite comme une exception notable
l'orgue de 950, en l'église de Saint-Pierre de Winchester,
un monument de 400 tuyaux. Il fallait deux organistes et 70 hommes
forts pour actionner les 26 soufflets!
A partir du moment où l'orgue fut introduit dans
l'église, ce qu'on situe au Xe siècle après
J.C. environ, il s'intégra peu à peu à
l'édifice sous forme de grand orgue. Les parties de solos
lui étaient réservées. Pour accompagner le
chant, on prit l'habitude de lui adjoindre un second orgue, sorte
de réplique miniature du premier, le positif (petit orgue
portatif au départ).
Cette époque contient déjà en germe
l'instrument qui culminera dans l'orgue baroque dont nous avons
examiné le fonctionnement.
A la Renaissance, apparaissent des différences notables
dans les factures des pays d'Europe. C'est ainsi qu'on parle
d'orgue ibérique, italien, néerlandais, allemand,
anglais, français...
La Réforme, comme les invasions barbares, coicide avec
une certaine décadence de l'orgue, moins prononcée
évidemment. L'orgue progressera même en certains
points du protestantisme. Mais, nous savons que sous Cromwell (1642
à 1660) par exemple, il sera tout à fait interdit en
Angleterre.
http://www.clermont-herault-concerts.fr
|