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Mgr R. Minnerath   

Le mot grec que nous traduisons par « évangéliser » veut dire « annoncer quelque chose de joyeux ». A l’époque de Jésus, il était souvent employé pour annoncer l’avènement d’un nouvel empereur romain. Déjà les rois hellénistiques se faisaient attribuer des titres réservés aux dieux, comme « seigneur », « bienfaiteur », « sauveur ». Dans une célèbre inscription d’Halicarnasse, l’empereur Auguste, contemporain de Jésus, est salué comme « le sauveur de tout le genre humain ». Une autre inscription, en Asie Mineure, nous dit que « la naissance de ce dieu a été pour le monde le commencement des bonnes nouvelles (littéralement des évangiles) dont il se réjouit maintenant. »

Jésus est venu. Il a renversé la perspective. Il a pris la place du serviteur. C’est lui le sauveur, le bienfaiteur, le maître, le vrai Dieu qui se fait homme. Sa vie et sa prédication sont le vrai « évangile », la seule vraie bonne nouvelle dont peuvent se réjouir les hommes. L’évangile de Marc débute par ces mots : « Commencement de l’Évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu » (Marc 1, 1) ; et il se termine par l’injonction faite par le Ressuscité aux disciples d’« annoncer l’Évangile à toute la création » (id., 16, 15). Le contenu du mot « évangile », c’est la personne et l’œuvre du Jésus, Messie de Dieu parmi nous. Il n’y a pas pour les hommes de « bonne nouvelle » supérieure à celle-là. Pierre dira devant le sanhédrin : « Le salut ne se trouve en aucun autre. Il n’y a sous le ciel aucun autre nom donné parmi les humains par lequel nous devions être sauvés » (Actes 4, 12).

Mais il y a aussi le verbe actif « évangéliser ». Il peut être employé dans le Nouveau Testament avec un complément d’objet, ou au sens absolu. Dans le premier cas, on « évangélise » - on annonce - quelqu’un ou quelque chose qui est en soi une « bonne nouvelle ». Ainsi les anges de Bethléem évangélisent - c’est-à-dire annoncent - une grande joie pour tout le peuple (Luc 2, 10). Après Pâques, évangéliser, c’est faire connaître le Christ ressuscité. Ainsi, Philippe, l’un des Sept, sur le chemin de Jérusalem à Gaza, « évangélise Jésus » au haut fonctionnaire éthiopien (Actes 8, 35). De même, lorsque les premiers chrétiens d’Antioche abordent pour la première fois les païens, ils « évangélisent le Seigneur Jésus » (Actes 11, 20). Dans les deux cas, « évangéliser » consiste à faire connaître l’existence même de Jésus, Fils de Dieu, mort et ressuscité pour nous.

Le verbe « évangéliser » est aussi employé d’une manière absolue, sans autre précision. Lorsque Paul écrit aux Romains, il leur fait part de son « ardent désir de les évangéliser » (Romains 1, 15). Comprenons bien que la communauté romaine existait déjà avant cette lettre de Paul. L’apôtre en fait même l’éloge : « On parle de votre foi dans le monde entier » (id. 1, 8). Pour Paul, on le voit, « évangéliser » n’est pas toujours synonyme de première annonce de Jésus-Christ, mais d’annonce tout court. Paul écrira encore aux Corinthiens : « Quel malheur pour moi, si je n’évangélisais » (1 Corinthiens 9, 16). Le verbe « évangéliser » fait partie du patrimoine linguistique du christianisme, qui exprime par là que les disciples de Jésus ont reçu pour la mission de faire connaître le Christ, à tout instant. Etre porteur de la bonne nouvelle du Christ colle à la peau de tout disciple de Jésus. C’est son signe distinctif. Luc nous fait comprendre qu’« évangéliser », c’est simplement « être témoin » (cf. Luc 24, 47). Grâce aux témoins de Jésus vivant dans son Eglise, la « bonne nouvelle » atteint le cœur des hommes d’aujourd’hui comme d’hier. Les hommes sont toujours à la recherche de ce qui peut combler leur quête de sens et de bonheur. Evangélisons-les par toute notre vie. Faisons leur savoir qu’un événement heureux appelé Jésus-Christ a eu lieu dans notre histoire, qui nous concerne tous.

Un chrétien évangélise comme il respire. A chaque instant, il peut lui être demandé pourquoi le Christ est un eu-angelion pour lui, un événement qui donne joie à toute sa vie.

Mgr Roland Minnerath
Archevêque de Dijon
tiré du http://catholique-dijon.cef.fr

 
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