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LES FONCTIONS DE GOUVERNEMENT DANS L’ÉGLISE
APOSTOLIQUE
Les données concernant
l’emploi des titres, anciens, diacres, surveillants, sont
bien connues on visera surtout à renouveler l’approche
générale de ces données et à mettre en
évidence l’action et les services rendus dans
l’Église par des personnes dont le titre
n’apparaît pas.
Une des structures les plus
évidente des communautés de l’époque
apostolique est celle du collège des anciens.
- Ils apparaissent dans
l’Église de Jérusalem des le chapitre 11 du
livre des Actes (11.30).
- Ils sont mentionnés
systématiquement au côté des apôtres dans
le déroulement et les décisions du synode de
Jérusalem (Ac 15).
- Lors du premier voyage missionnaire,
Paul et Barnabas s’assurent de leur nomination dans chacune
des communautés qu’ils viennent de fonder (Ac
14.23).
- Tite reçoit une consigne
semblable lors de son envoi en mission en Crête (Tt 1.5).
- De passage près
d’Éphèse, Paul convoque les anciens de cette
ville pour leur recommander de prendre soin du troupeau
confié à leur charge (Ac 20.17).
- Dans sa première lettre à
Timothée, Paul les estime dignes d’un salaire (1Tm
5.19).
Le terme d’ancien n’est en
rien spécifique au Nouveau Testament, il renvoie à la
structure associative de l’époque, en particulier dans
la société juive. Les associations, à
caractère religieux ou non, sont gérées par
les membres les plus respectés en raison de leur âge
(anciens) et de leur notoriété. La nomination
d’anciens dans les communautés primitives correspond
donc à la volonté d’organiser ces
communautés selon une structure associative reconnue.
Paul recommande aux « anciens
» de l’Église d’Éphèse de
prendre garde à eux –mêmes et à tout le
troupeau sur lequel le Saint Esprit les établis «
évêques », c’est à dire
responsables, un terme, qui, à la différence d’
« ancien » évoque une fonction et non une
situation. On sent bien ici l’effort pour contrebalancer les
effets négatifs de la structure associative courante.
C’est un peu comme s’il disait aux responsables de la
communauté : vous n’êtes pas seulement des
notables (anciens), vous avez une fonction, un service à
rendre à la communauté. C’est aussi sous le
même terme d’ « évêque »
qu’il décrit pour Timothée et Tite les
qualifications requises des responsables qu’ils sont
chargés de mettre en place dans les communautés. La
préférence de Paul pour le terme fonctionnel montre
son intérêt pour la vie de l’Église, pour
son fonctionnement. La démarche inverse de ceux qui pensent
par l’emploi d’un titre reproduire la structure de
l’Église primitive.
Si le Nouveau Testament nous donne
certaines indications, souvent indirectes, sur les responsables de
la communauté locale, il nous donne davantage
d’informations sur les activités de collaborateurs de
l’apôtre Paul qui ne portent pas de titres
particuliers, mais dont l’action est déterminante pour
le développement des Églises, leurs cohésion
doctrinale, leur organisation, l’entraide
matérielle.
Ces hommes (et quelques femmes !), se
démarquent des responsables locaux par trois traits
distinctifs.
Ils sont jeunes, alors que la structure
associative de l’époque portait aux postes de
responsabilité des personnes d’âge mûr.
D’où les exhortations répétées de
l’apôtre aux intéressés, comme aux
communautés, que personne ne méprise ses
collaborateurs à cause de leur jeunesse (1 Tm 4.12, Tt 2.15
; 1Co 16.11). Il est évident que Paul innove. Il lance des
jeunes en leur confiant des responsabilités très
importantes. C’est ainsi qu’il démultiplie son
propre ministère pour l’affermissement et la
cohésion des communautés.
Ils sont mobiles, alors que les
responsables locaux sont fixes. C’est la mobilité qui
permet d’assurer la cohésion entre les
différentes communautés. Le développement
indépendant de chacune aurait vite ruiné
l’unité de l’Église. On voit bien la
difficulté éprouvée par Paul pour la
maintenir.
Ils sont formés par la
participation au ministère itinérant de Paul, alors
que les responsables locaux ne pouvaient bénéficier
d’un telle formation.
S’il y a un modèle
spécifique attesté dans le Nouveau Testament,
c’est bien plutôt celui-là que celui des anciens
qui n’a rien de spécifique à
l’Église primitive.
Ce modèle proprement
néotestamentaire, on risque de le négliger par
fixation sur les titres. Faut-il un titre importé du Nouveau
Testament pour justifier une fonction dans l’Église ?
Le maquis actuel des titres issus du vocabulaire du Nouveau
Testament (évêques, prêtres, anciens,
apôtres, etc.) montre bien qu’il s’agit
d’un mirage. Mieux vaut s’intéresser au but
poursuivi et aux activités entreprises que de poursuivre ce
mirage de titres prétendus authentiques. On risque aussi de
négliger ce modèle biblique par une séparation
artificielle entre la mission et l’Église. On limite
l’ecclésiologie à l’examen de la seule
structure locale de l’Église et l’on met sur le
compte de la mission l’activité supra-locale des
collaborateurs de Paul. Peut-on ainsi séparer la mission de
l’Église ? Ce n’est pas tant la création
de nouvelles communautés qui motive l’envoi des
compagnons de Paul que la cohésion des communautés
déjà existantes et où on a déjà
nommé des responsables locaux.
Le modèle du Nouveau Testament nous
invite ainsi à penser
- à partir des buts (et non
d’une structure type),
- à partir des tâches
à accomplir, des services à rendre
(déterminés en fonction des buts).
On espère avoir ainsi
réconcilié deux perspectives qui paraissaient
antagonistes au départ : suivre le modèle biblique ou
s’adapter aux besoins. Et si le modèle biblique le
plus évident n’était pas justement cette
adaptation des services (un mot moins lourd et plus conforme au
sens du terme à l’époque biblique que le terme
de ministère) et de leur organisation au besoin et au
développement de la communauté ? Et si cette
adaptation exigeait précisément que l’on sorte
du cadre restreint de la seule communauté locale pour penser
de manière plus régionale, globale ? Il est
évident qu’il ne suffit pas d’innover pour
suivre le Nouveau Testament et qu’à vouloir
répondre à des besoins que l’on a
définis soi-même on peut vite s’égarer.
On veillera donc à suivre au plus près
l’enseignement abondant et explicite du Nouveau Testament sur
la nature de l’Église et sa mission dans le monde.
par Emile Nicole, professeur
d'Ancien Testament
à la Faculté Libre de Théologie
Evangélique de Vaux-sur-Seine.
www.lafef.com
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